Le Moniteur des Ventes
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N°1 des enchères publiques de biens d'équipements
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La puce et le marteau

Ordinateurs fixes ou en version portable, installations téléphoniques et autres copieurs numériques... Retour sur les ventes aux enchères de matériel informatique et bureautique d'occasion. À propos de l'implacable loi de Moore.


Les spécialistes de l'informatique connaissent la loi de Moore, du nom du cofondateur d'Intel - fabricant de microprocesseurs -, qui, dans sa version vulgarisée, affirmait dès 1965 que la puissance des ordinateurs doublait tous les dix-huit mois à prix constant. Ce qui implique que les machines moins puissantes ou de moindre qualité par rapport à la moyenne du marché soient condamnées à se brader très vite. Ce constat, qui s'est vérifié des années 1960 jusqu'à nos jours, rend a priori les ventes aux enchères de matériel informatique et bureautique d'occasion peu attractives. Une grande partie de ce marché échappe d'ailleurs aux commissaires-priseurs. Nombre d'établissements de crédit travaillent directement avec des brokers, qui jouent un rôle essentiel sur ce marché en reprenant le matériel le plus ancien (trois ou quatre ans d'utilisation) pour l'exporter en Afrique, ou en revendant en France, sur Internet, les articles les plus cotés à des particuliers ou à des entreprises. "L'offre mise aux enchères est insuffisante car la demande l'est aussi. C'est un cercle vicieux dont il faut sortir", pointe la commissaire-priseur Marielle Digard, de l'étude Digard - Pestel-Debord.

Le gros du matériel transitant par les ventes aux enchères est constitué de PC tournant sous Windows : "Après un an ou deux ans d'utilisation, un PC s'écoule en vente publique à 20 % du prix du neuf. Dell et HP, réputés pour la qualité de leurs composants, font un peu mieux mais restent loin derrière Apple", résume Florent Fontana, de l'étude éponyme. Concrètement, un PC mis aux enchères atteint aujourd'hui 50 € en version fixe et 200 € pour les appareils haut de gamme en version portable. Résultat : dans les liquidations d'entreprises du tertiaire, "l'informatique et la bureautique représentent 20 à 30 % de la valeur de la vente, beaucoup moins dans l'industrie", fait-on remarquer à l'étude Bailly-Pommery & Voutier, qui réalise une opération mensuelle dans cette classe de produits. À la déflation sévère des prix pour l'essentiel du matériel s'ajoute la baisse des volumes... Les sociétés de crédit ou de leasing, qui ont réduit leur volume d'affaires entre 2008 et 2010, ont en effet aujourd'hui moins de matériel à écouler aux enchères, et cette spirale négative n'a été que très partiellement comblée par la recrudescence des ventes judiciaires découlant de la crise.

Le seul segment du marché qui résiste à la déflation est constitué d'une seule marque, à savoir Apple, en raison d'un design et d'une qualité de composants supérieurs à la moyenne. Ainsi, un ordinateur Apple, après un an ou deux ans d'utilisation, se revend encore à -50 % par rapport au neuf. C'est justement sur la firme californienne que la commissaire-priseur Marielle Digard a décidé de miser. En septembre dernier, elle prenait en charge la vente découlant de la liquidation judiciaire d'eBizcuss, victime de la décision de la maison mère de lâcher ses partenaires distributeurs au profit des Apple Store, qui ont désormais l'exclusivité de la vente du matériel neuf. Au vu du succès de la vacation, l'étude Digard - Pestel-Debord a pris conscience de l'attachement des consommateurs pour les produits d'occasion de cette marque et de l'intérêt d'organiser une vente de Mac d'occasion chaque mois à Paris. Par cette démarche, Me Digard entend séduire la génération des seniors convertis au numérique, mais qui ne sont pas forcément à l'aise avec l'achat ou la vente d'occasion sur Internet et préfèrent le faire avec toutes les garanties de l'intermédiation d'un professionnel. En effet, les produits Apple mis en vente aux enchères sont testés au préalable, notamment sur la RAM, la carte graphique et le disque dur. L'étude vérifie aussi les numéros de série afin d'éviter à l'acquéreur de se retrouver avec du matériel volé, qui serait bloqué s'il retournait en atelier.

Pour les commissaires-priseurs, la consolation pourrait venir de la bureautique, des installations téléphoniques de type autocommutateur ou des copieurs numériques, qui constituent des investissements bien plus lourds et dont les prix résistent mieux au temps... s'il ne s'agissait d'un petit segment de marché.


Frédéric Brillet